Information du : 19/09/2020

Le Feu sacré : rencontres avec le réalisateur Eric Guéret

Avec Le Feu sacré, Eric Guéret suit le combat des sidérurgistes et du directeur d'Ascoval pour sauver leur aciérie menacée de fermeture. Présent auprès des employés, suivant les discussions syndicales, documentant au jour le jour les promesses et les volte-face de l’État, il nous offre un documentaire palpitant aux images somptueuses. Vous pourrez venir à sa rencontre du 22 au 28 novembre pour échanger sur ce travail au long cours et les multiples ramifications de cette lutte emblématique.

Dans le Nord, l’aciérie Ascoval est menacée de fermeture. Les 300 salariés ont une année pour trouver un repreneur. Dans la chaleur des fours, sur les barrages routiers et jusqu’aux couloirs de Bercy, les ouvriers, la direction, et les responsables syndicaux refusent de se laisser submerger par cette violence mondialisée : l’usine est neuve, rentable, et parfaitement convertible dans une économie de développement durable. Ce sont les vies de ces hommes et femmes et de leurs familles qui sont en jeu. Leur ténacité et leur union feront leur force.

"Au départ je voulais faire un film sur un plan social, dans une région désindustrialisée. Je me demandais comment des hommes et des femmes d’une cinquantaine d’années s’organisaient pour survivre quand ils perdaient leur travail, dans des secteurs frappés par le chômage de masse. La région du nord m’intéressait particulièrement. J’ai cherché pendant des mois. Un jour, j’ai entendu que des salariés de l’aciérie Ascoval, proche de Valenciennes, avaient arrêté la production et bloquaient les carrefours autour de l’usine pour protester contre sa fermeture imminente. J’ai sauté dans ma voiture et je suis allé les retrouver, à 5 heures du matin, autour d’un feu de pneus, à côté de l’usine. Je me suis installé avec eux et j’ai commencé à tisser des liens. Une semaine plus tard, ils ont eu rendez-vous à Bercy et une solution provisoire a été trouvée. Ils ont obtenu des commandes et des aides pour survivre encore quelques temps. Ils avaient un an pour trouver un repreneur et sauver l’aciérie. Mon projet de filmer un plan social est tombé à l’eau. Le film aurait pu s’arrêter là (...)"

"(...) Mais j’avais déjà eu le temps de m’attacher à eux et ils dégageaient une force incroyable. Je sentais qu’ils ne lâcheraient rien et que tous les employés, de la direction aux salariés en passant par les responsables syndicaux, voulaient tout tenter pour survivre. Mais il est très difficile d’obtenir l’autorisation de filmer à l’intérieur d’une usine. Alors j’ai tenté le tout pour le tout et j’ai pris contact avec Cédric Orban, le directeur de l’usine. Il a accepté de me recevoir. Je lui ai dit la vérité, simplement. J’avais envie de suivre cette année périlleuse en filmant librement dans l’usine, au plus proche des employés. A ma grande surprise, il a accepté sans conditions. Il a cru au projet en me disant « au mieux cela montrera que l’on peut sauver l’industrie en France, au pire ça offrira aux salariés un beau souvenir ». Le lendemain je me présentais à la porte de l’usine. J’ai eu une formation de sécurité, ils m’ont donné un équipement de protection et j’ai commencé à partager le quotidien de ceux qui deviendront les héros du Feu Sacré. "

- Extrait du dossier de presse

"Véritable thriller social, ce film nous plonge au cœur de la lutte des sidérurgistes, et du directeur, pour sauver leur aciérie, Ascoval, à Saint-Saulve, près de Valenciennes. Usine de recyclage, qui fabrique de l’acier à partir de ferrailles, Ascoval est une des aciéries les plus modernes d’Europe, respectueuse des normes environnementales, admirablement située (autoroutes, réseau ferroviaire, Escaut) qui emploie 281 salariés. Un jour, patron et employés apprennent que Vallourec, qui a créé l’usine et en reste le principal actionnaire et client, a décidé de la fermer, accordant sa préférence à son implantation dans d’autres pays. Ils tombent des nues. Après un rendez-vous à Bercy (l’Etat est l’actionnaire principal de Vallourec), Ascoval obtient un délai d’un an pour trouver un repreneur. Commence alors un véritable parcours du combattant, plein de rebondissements, surprises, moments de découragement, voire désespoir, avec trahison (double jeu de Bercy), valse des repreneurs, acharnement haineux de Vallourec…

Le réalisateur, qui a accompagné cette lutte au plus près pendant plus d’un an, nous en livre un récit palpitant, dans un document exceptionnel, vibrant d’humanité. A partir du délai accordé par Bercy, il rythme son documentaire par des sous-titres sur fond de flammes : « 1er jour »…« 15e jour »…« 142e jour »…« 288e jour »…« 463e jour », donnant à son film une allure de suspens qui tient en haleine le spectateur. Et nous sommes transportés au plus profond de cette aciérie et de cette bataille pour la survie, que nous suivons pas à pas. Images splendides de l’aciérie, du métal en fusion – à plus de 1600°-, véritable « feu sacré », qui est aussi le feu nourricier, des ouvriers en casaques et casqués « comme des cosmonautes » au bord de ce feu. Autre flamboyant « feu sacré » : celui qui est au cœur du personnel de l’usine, et de son directeur, dont les ouvriers sont les premiers à reconnaître la combativité. S’il y a parfois des tiraillements, des désaccords, une même farouche détermination anime les différents protagonistes, et leurs soutiens : se battre contre le désastre humain et social qu’entraînerait cette délocalisation éhontée, et contre la désindustrialisation galopante dans notre pays (...)

(...) L’immersion d’Eric Guéret dans Ascoval lui a permis de créer une relation privilégiée avec les différents acteurs de ce combat, dont, au premier plan les délégués syndicaux, et il a recueilli des témoignages, des confidences d’une grande qualité et sincérité. Beaux et rares moments de profondeur, de vérité humaine, que capte le réalisateur, avec, souvent de superbes gros plans des visages. Les uns et les autres racontent leur parcours, expriment leurs doutes, inquiétudes, colère, laissent échapper quelques larmes parfois, ou restent dans un silence éloquent. Tous affirment se sentir appartenir à la même grande « famille », celle de l’aciérie, à qui certains ont donné des dizaines d’années de leur vie, et cela se voit, se sent, et fait naître une belle émotion. Ils revendiquent, avec raison, la noblesse de leur métier, leurs hautes compétences, les grandes responsabilités qu’ils assument avec sérieux et ferveur. Belle incursion dans le monde ouvrier ».

En ces temps étranges, d’interrogations sur la mondialisation, sur « le monde d’après », ce documentaire trouve une résonnance toute particulière. Il est une pierre à apporter aux réflexions et combats qui se livrent ici et là pour inventer un autre possible. "

- Texte de soutien de la LDH

LE FEU SACRE

Un film d’Eric Guéret
France – 2020 – 1h33
Grand Prix du 27e festival international du grand reportage d'actualité et du documentaire de société (Figra)

L'INVITE :
ERIC GUERET

Éric Guéret est un réalisateur français de documentaires spécialisé dans le cinéma de proximité, filmant en immersion totale pendant de longues périodes. Combats collectifs, comme dans Greenpeace, Opération plutonium, Tous ensemble qui suit celui des syndicalistes de la CGT et Le Feu Sacré qui partage la lutte des salariés de l’aciérie Ascoval, la plupart de ses films raconte des combats, sous toutes leurs formes.

Il s’est par ailleurs beaucoup penché sur les luttes contre les violences et les discriminations. Le film Les insoumises co-réalisé avec Frédérique Menant parle de femmes qui font face à la violence masculine, Homo la haine de l’homophobie et de ses conséquences, ou encore Trans c’est mon genre du rejet des personnes transgenres.

Ses derniers films se penchent plus sur la reconstruction des victimes de traumatismes, comme 13 novembre, vivre avec qui accompagne des victimes des attentats de Paris, ou Enfance abusée qui donne la parole à 8 victimes de pédo-criminalité

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